Il y a quelque chose de révélateur dans la façon dont quelqu'un choisit ses bagages. Pas tant le prix que l'objet lui-même : sa provenance, son histoire, la maison qui l'a fabriqué. Un bagage de voyage, pour ceux qui voyagent vraiment beaucoup, devient presque une extension de leur façon d'être dans le monde.
Rimowa est peut-être le cas le plus intéressant de ces vingt dernières années dans l'univers des bagages haut de gamme. La maison allemande, fondée en 1898 à Cologne, a traversé un tournant spectaculaire après son rachat par LVMH en 2017. Ce qui était une référence discrète pour les voyageurs avertis est devenu, en quelques années, l'un des accessoires les plus photographiés des aéroports du monde. Rimowa reste un produit de qualité exceptionnelle, mais son omniprésence lui a fait perdre une partie de ce qui faisait son attrait original.
Ce qui fait la valeur d'un bagage de luxe, ce n'est pas son prix. C'est la cohérence entre l'objet et la façon dont son propriétaire appréhende le voyage.
Globe-Trotter représente une philosophie radicalement différente. La maison anglaise, qui existe depuis 1897, fabrique ses valises à la main dans une usine du Hertfordshire selon des méthodes inchangées depuis un siècle. Le vulcanisé sur bois, la ferrure dorée, les coins renforcés : il y a quelque chose d'irréductiblement anachronique dans un Globe-Trotter, et c'est précisément son charme. Ces valises sont lourdes, onéreuses et faites pour ceux qui voyagent autrement.
Goyard a réussi quelque chose d'assez remarquable : maintenir une exclusivité de distribution qui tranche avec l'époque. Pas de boutique en ligne, des points de vente extrêmement rares, pas de communication sur les réseaux sociaux. Leurs malles et sacs de voyage se reconnaissent à leur toile Goyardine personnalisable. La liste d'attente pour certaines pièces est réelle, et Goyard ne cherche pas à la résorber.
Moynat, relancé par LVMH en 2011 après un long sommeil, occupe un espace encore plus confidentiel. Les malles de voyage Moynat, fabriquées rue Saint-Honoré à Paris, sont peut-être les objets les plus beaux de cet univers : une légèreté structurelle surprenante, une finition artisanale absolument exceptionnelle. Ce sont des pièces pour ceux qui n'ont pas besoin que leur bagage soit reconnu.
Les maisons qui ont refusé de s'industrialiser sont devenues, presque malgré elles, les plus désirables. La rareté n'est pas une stratégie chez elles. C'est une conséquence de leur façon de travailler.
Louis Vuitton a inventé la malle de voyage moderne, au sens littéral, au milieu du XIXe siècle. Les initiales LV sont devenues l'un des logos les plus reproduits de l'histoire, ce qui pose exactement le problème inverse de Goyard ou Moynat. La maison a répondu à cette surexposition par des pièces sur-mesure et des collaborations artistiques qui remontent la valeur perçue.
La question que nous posons parfois à nos clients qui souhaitent renouveler leur équipement n'est pas laquelle de ces maisons est la meilleure. Elle est : de quelle façon voyagez-vous, et qu'est-ce que vous voulez que votre bagage dise sur cette façon de voyager ?